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Que vaudront mes amours
Assombris par le temps
Se pourrait-il qu'un jour
Ils ternissent leur vingt ans ?

Reculerais-je honteux
Devant la beauté nue
Obole callipyge
De l'âge à la vertu ?

Comment ne pas rougir
Sous le néant fleuri
Qu'augure un hédonisme
Émoussé par l'envie

Indifférent somme toute
À la jouissance elle-même
Ignescence faite sienne
Qu'un revers lui dénie

Le talion sur mes traces 
Rudoiera-t-il un sexe
Dont le commerce honni
En excuse l'absence ?

Et le monde devra-t-il
Tourner rond sans faillir
Sur les miasmes égrotants
D'un coït peine à jouir ?

J'abattrai ce fantôme
Embusqué sous l'âge mûr
J'apprendrai à le fuir
À en jouer ou au pire

L'abandonnerai tel quel
Aux contempteurs d'eux-mêmes
Qui sèchent le coeur ballant
Victimes d'un sexe en berne

Et préfère ô combien
Des deux mains jusqu'au gland
Les ultimes va-et-vient
D'un plaisir salutaire

Que de vivre ma vie
Sans la jouir en entier
Sans défendre bec et ongles
Tout ce que j'ai été

Et sans téter le pis
D'une mort avant-terme
Qui ravale la chair
À ses kilos de viande.
© Gilbert Jaril