Ils tournaient la terre, le feu, le sable et l’eau,
Lui, dru comme un vieil arbre, au tronc sombre et beau ;
Elle, sobre et altière, le silence éloquent,
Maîtresse du fourneau, brasier suffocant.
Un jour vint la Lison, ni sotte ni cruelle,
Fine taille, œil mutin, mais l’âme sans trop de sel.
Elle minaude un peu, frôle un pot, s’extasie.
Le potier reste froid, l’ignore et la dévie.
La potière sourit sous ses cheveux boueux,
Et regarde sans fiel, sans rire sentencieux.
Elle a les tempes d’argent, les hanches adossées :
Tout son corps dit le goût de vivre sans repasser.
S'avance, frêle et doux, un poète en velours,
Dont l’œil s’égare, ému, vers ses puissants contours.
Il dit peu, mais il voit — et ce qu’il voit le branle :
Il rêve d'être cette terre qu’elle ébranle.
Lison raille à mi-voix ce garçon effacé,
Qui baisse un peu les yeux dès qu’un sein est dressé,
Mais s’émeut d’une vieille au vaste tablier :
La risée arrive à l’oreille du potier.
Alors, d’un ton paisible, il prend Lison à part :
« Tu veux l’homme accompli, soutenant les regards ?
Et lui, pourquoi n’aimerait-il pas l’âge, dis-moi,
Les marques du corps le laisseraient sans émoi ?
Tu plais, c’est vrai, Lison, ta grâce est ingénue,
Mais l’on sent dans tes mots la rosée mal venue.
Si la force au masculin brille en poils argentés,
Pourquoi ce sel, aux femmes, serait-il rejeté ?
Ma femme est un chêne que ne rompt pas l'orage ;
Tu me trouves beau : elle est belle par son âge.
Tu veux la stature, sous le harnois blanchie.
Pourquoi un autre cœur n’en voudrait pas aussi ? »
Lison baisse les yeux, le front un peu défait ;
Un frisson a passé, sans aucun autre effet.
Elle fuit sans élan, le menton effleuré.
Un doute la pique sur sa vaine beauté.
Près des étals brûlants, le jeune veut parler.
Il est une pierre redoutant de rouler.
Sa belle avance alors, sans mot, le dévisage ;
Une rougeur discrète affleure son corsage.
L’échange l’a touché comme un mot inconnu.
Elle lui tend un pot, tiède entre ses paumes nues,
La glaçure en sueur sous l’éclat assourdi.
Il rougit, elle penche, le silence a tout dit.
Mais dans l’atelier clos, la chaleur persévère,
Un bras modèle l’argile et l’autre suit la terre.
Ils contemplent son cou, et sa main qui s’affaire ;
Elle corrige un geste en frôlant un flanc clair.
Celui-ci, studieux, caresse la terre grasse.
Main sur sa hanche, il suit la courbe qu’elle trace,
Tant le grès et la main lui semblent infinis.
Et le potier murmure : « Tu m’en laisses un peu, dis ? »
Ils tournent. Elle incline. Il s’anime, il apprend.
À deux, à trois, ils façonnent les éléments.
Le tour halète un peu, le roc se fait caresse,
Et l’argile mouillée retrouve sa tendresse.
Quand le soir descend, qu’on allume les bougies,
Il salue sans un mot, les joues encor rougies.
Ils répondent d’un œil complice et sans détour :
Ce fut un beau passage, au pays de l’amour.
Lui, dru comme un vieil arbre, au tronc sombre et beau ;
Elle, sobre et altière, le silence éloquent,
Maîtresse du fourneau, brasier suffocant.
Un jour vint la Lison, ni sotte ni cruelle,
Fine taille, œil mutin, mais l’âme sans trop de sel.
Elle minaude un peu, frôle un pot, s’extasie.
Le potier reste froid, l’ignore et la dévie.
La potière sourit sous ses cheveux boueux,
Et regarde sans fiel, sans rire sentencieux.
Elle a les tempes d’argent, les hanches adossées :
Tout son corps dit le goût de vivre sans repasser.
S'avance, frêle et doux, un poète en velours,
Dont l’œil s’égare, ému, vers ses puissants contours.
Il dit peu, mais il voit — et ce qu’il voit le branle :
Il rêve d'être cette terre qu’elle ébranle.
Lison raille à mi-voix ce garçon effacé,
Qui baisse un peu les yeux dès qu’un sein est dressé,
Mais s’émeut d’une vieille au vaste tablier :
La risée arrive à l’oreille du potier.
Alors, d’un ton paisible, il prend Lison à part :
« Tu veux l’homme accompli, soutenant les regards ?
Et lui, pourquoi n’aimerait-il pas l’âge, dis-moi,
Les marques du corps le laisseraient sans émoi ?
Tu plais, c’est vrai, Lison, ta grâce est ingénue,
Mais l’on sent dans tes mots la rosée mal venue.
Si la force au masculin brille en poils argentés,
Pourquoi ce sel, aux femmes, serait-il rejeté ?
Ma femme est un chêne que ne rompt pas l'orage ;
Tu me trouves beau : elle est belle par son âge.
Tu veux la stature, sous le harnois blanchie.
Pourquoi un autre cœur n’en voudrait pas aussi ? »
Lison baisse les yeux, le front un peu défait ;
Un frisson a passé, sans aucun autre effet.
Elle fuit sans élan, le menton effleuré.
Un doute la pique sur sa vaine beauté.
Près des étals brûlants, le jeune veut parler.
Il est une pierre redoutant de rouler.
Sa belle avance alors, sans mot, le dévisage ;
Une rougeur discrète affleure son corsage.
L’échange l’a touché comme un mot inconnu.
Elle lui tend un pot, tiède entre ses paumes nues,
La glaçure en sueur sous l’éclat assourdi.
Il rougit, elle penche, le silence a tout dit.
Mais dans l’atelier clos, la chaleur persévère,
Un bras modèle l’argile et l’autre suit la terre.
Ils contemplent son cou, et sa main qui s’affaire ;
Elle corrige un geste en frôlant un flanc clair.
Celui-ci, studieux, caresse la terre grasse.
Main sur sa hanche, il suit la courbe qu’elle trace,
Tant le grès et la main lui semblent infinis.
Et le potier murmure : « Tu m’en laisses un peu, dis ? »
Ils tournent. Elle incline. Il s’anime, il apprend.
À deux, à trois, ils façonnent les éléments.
Le tour halète un peu, le roc se fait caresse,
Et l’argile mouillée retrouve sa tendresse.
Quand le soir descend, qu’on allume les bougies,
Il salue sans un mot, les joues encor rougies.
Ils répondent d’un œil complice et sans détour :
Ce fut un beau passage, au pays de l’amour.
© Lauranne
in Le Moulin des plaisirs, La Femme Fontaine - 2025-26
in Le Moulin des plaisirs, La Femme Fontaine - 2025-26