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3- Les dentellières et le galant

Lauranne

Deux dentellières, l’une alerte et toute jeune, 
L’autre marquant le poids de ses hivers anciens,
Cheminaient par la plaine, au cœur d’un soir qui jeûne, 
Lorsque une pluie d’été les surprit en chemin.

L’amoureux de la belle, un gars plein de promesses, 
Offrit l’asile chaud d’une humble maisonnette : 
« Entrez donc, mesdames, et chassez la tristesse, 
Mon feu vaut bien l’auberge et ma couche est honnête. »

Le logis est simple, mais le lit confortable. 
Les draps sentent la rose et le foin du matin, 
Les deux femmes s'assoient, le regard plus affable, 
La pluie à la fenêtre tisse un rideau certain.

Le jeune homme, sur le sol, s'étend sans attendre, 
Laissant à celles-ci sa couche propre et nette.
Jamais la terre ne lui a semblé plus tendre,
Tant il sent son cœur serein, intègre et honnête.

Elles se rapprochent, sans chemise et frileuses, 
Leurs regards à s'entendre, de silence noyés, 
Leurs corps peu à peu, par la nuit fiévreuse, 
S'approchent, frémissants, en un souffle voilé.

La jolie et la belle se trouvent troublées : 
Leurs doigts se mélangent sous le bruit de l’ondée,
Un frisson les parcourt en leurs dessous mouillées. 
Les cœurs battent plus fort par l’orage éclairés.

Le jeune homme, discret, les observe en silence. 
Leurs souffles se suspend, son désir le consume.
En son corps insolent, voilà l’envie qui lance 
Tandis que les femmes se frôlent dans la brume.

Les deux, en un soupir, révèlent leur ardeur, 
Leurs lèvres se trouvent, en douce connivence, 
Les mains de la nuit tirent le fil de leur cœur, 
Se partageant l’aiguille en tendre bienveillance.

Comme le fier galant grelotte sur la paille, 
Ses membres engourdis par le froid de la nuit, 
Les deux femmes, émues, dans la pénombre en bataille, 
Lui font alors une place contre elles, sans bruit.

Puis d’un geste alangui, un élan de tendresse, 
Elles ouvrent leurs bras timides pour l’inviter. 
Et l’homme, frémissant, en prend la douce ivresse, 
Et la nuit s’étire, tendre à les réchauffer.

Il vient, le corps brûlant, s'abandonner aux nymphes :
Leurs lèvres le prennent en un baiser ardent.
Leurs mains le guident aux rivages des lymphes,
Où l'onde du désir le submerge en amant.

Leurs souffles emmêlés, doux échos de la chair, 
S’offrent sans détour aux dentelles de la nuit, 
Éphèbe éperdu, il s’égare sans repère, 
Ignorant dans le noir où vont les œufs de buis.

Deux bouches en même temps en deux lieux l’embrassent
Des mains le serrent, le caressent à la fois,
Un océan de peau l’enveloppe et l’enlace,
Laissant ce doux filet l’emporter sous les draps.

L’aube se fit plus calme aux seins de leurs caresses,
Leurs cœurs en harmonie abandonnèrent leurs rets :
Au matin, les deux belles, comblées de tendresse,
Mirent sur le sentier leurs petits pas discrets.

Moralité :  Au fil du temps, tissons donc à la ronde 
Les dentelles que la vie, sans cesse, nous fronde.

 

© Lauranne
in Le Moulin des plaisirs, La Femme Fontaine - 2025-26